Rapport 2025 sur les inégalités d’Oxfam :
Limiter le pouvoir des milliardaires, protéger la démocratie
Alors que les élites économiques se réunissent au Forum économique mondial à Davos et que Donald Trump reprend ses fonctions de président des États-Unis, Oxfam publie son nouveau rapport sur les inégalités, intitulé «Takers not Makers». En tant que partenaire d’Oxfam, Solidar Suisse présente les chiffres alarmants des inégalités en Suisse.
Le rapport sur les inégalités, publié aujourd’hui par Oxfam, révèle de manière frappante comment la concentration croissante de richesse et de pouvoir déséquilibre le monde. Alors que la fortune des milliardaires a augmenté en 2024 de 2 000 milliards de dollars, trois fois plus rapidement que l’année dernière, la lutte contre la pauvreté stagne à l’échelle mondiale. Pas moins de 204 nouvelles personnes sont devenus milliardaires, soit environ quatre par semaine. Parallèlement, 3,5 milliards de personnes continuent de vivre en dessous du seuil de pauvreté élargi défini par la Banque mondiale, soit avec moins de 6,85 dollars par jour.
Les chiffres suisses au premier plan
En Suisse, les conséquences des inégalités se font aussi ressentir :
- Fin novembre 2024, la fortune totale des milliardaires en Suisse s’élevait à 221,8 milliards de dollars, répartie entre 41 milliardaires.
- Depuis 2019, la fortune des milliardaires en Suisse a augmenté de 70,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de 39 millions de dollars par jour.
- Une personne appartenant au 1% le plus riche du pays met seulement 9 jours pour gagner autant qu’une personne des 50% les plus pauvres en une année entière.
Un déséquilibre dans le système mondial
Ce déséquilibre est profondément enraciné dans notre système mondial. Les institutions internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, privilégient les intérêts des pays riches, tandis que les pays à faible et à moyen revenu sont accablés par les dettes. Les sept principales nations industrielles (G7) détiennent 41% des droits de vote au sein du FMI et de la Banque mondiale, alors qu’elles représentent moins de 10% de la population mondiale. Dans les pays à faible et moyen revenu, près de la moitié du budget national (48%) est consacrée au remboursement de la dette publique, dépassant largement les investissements dans l’éducation ou la santé. «L’augmentation croissante des inégalités de revenus et de fortunes alimente les conflits sociaux», souligne Felix Gnehm, directeur de Solidar Suisse.
Richesse et pouvoir : une dangereuse corrélation
La concentration de la richesse est facilitée par une concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques élu·e·s. Les milliardaires exercent beaucoup d’influence sur des industries entières, ainsi que sur l’opinion publique. Cette corrélation entre richesse et pouvoir n’a pas seulement des conséquences économiques : elle menace les fondements mêmes de notre démocratie. Les institutions démocratiques, qui devraient représenter la communauté entière, sont de plus en plus dominées par les intérêts de quelques privilégié·e·s. Donald Trump, investi aujourd’hui, incarne cette dangereuse corrélation entre pouvoir politique et économique.
Des mesures contre les inégalités
La démocratie et la justice sociale vont de pair. Solidar Suisse, au côté d’Oxfam, appelle à :
- Mettre fin à la domination des pays riches du Nord sur les marchés financiers et le commerce (forme de néocolonialisme).
- Mettre un terme aux pratiques fiscales injustes et empêcher l’évasion fiscale des multinationales et des multimilliardaires. Promouvoir une politique fiscale mondiale sous l’égide de l’ONU.
- Supprimer les protections dont bénéficient les sociétés de négoce de matières premières. Ces entreprises doivent payer des impôts justes, compenser les dommages environnementaux, financer des adaptations au changement climatique et respecter les droits humains.
- Encourager un système économique et commercial mondial qui soutient des salaires décents et des conditions de travail dignes dans les pays à faible et moyen revenus.
- Renforcer la coopération internationale, notamment les coopérations Sud-Sud. Soutenir les gouvernements du Sud global dans l’amélioration des services publics et des infrastructures de base.
- Développer et renforcer les systèmes sociaux pour favoriser la cohésion sociale et atténuer les effets de la concentration extrême des richesses.
Comment Solidar Suisse combat les inégalités
Solidar Suisse lutte pour des conditions de travail décentes, la participation démocratique, la justice sociale et contre les inégalités extrêmes. À cet effet, l’organisation applique une solidarité sans faille dans 80 projets répartis sur quatre continents. En collaboration avec des organisations partenaires locales, Solidar Suisse met tout en œuvre pour éliminer les abus et ouvrir de nouvelles perspectives aux personnes en situation de vulnérabilité