Rapport d'Oxfam :
La fortune des milliardaires suisses augmente de 14,5 milliards de francs
À la veille du Forum économique mondial de Davos, l’ONG Oxfam publie son nouveau rapport «Resisting the Rule of the Rich». Solidar Suisse présente les chiffres pour la Suisse qui confirment une tendance internationale : la concentration des richesses s’accentue, facilitant l’accès des plus riches au pouvoir politique et leur garantissant une présence médiatique continue.
En Suisse, 41 milliardaires se partagent une fortune totale d’environ 197 milliards de francs. Rien qu’en 2025, cette fortune a augmenté de 14,6 milliards. Un chiffre illustre l’ampleur de ce déséquilibre : il ne faut en moyenne que 107 minutes à un·e milliardaire pour gagner l’équivalent du salaire annuel moyen en Suisse. « Une telle concentration de richesse crée un déséquilibre de l’influence au niveau politique. La démocratie ne doit pas se monnayer », alerte Susanne Rudolf, responsable de campagne chez Solidar Suisse.
Les liens d’intérêts menacent la démocratie
Ces inégalités sont loin d’être abstraites : elles servent les intérêts des personnes les plus privilégiées, imposent les thèmes prioritaires et influencent les décisions politiques. Le rapport d’Oxfam montre qu’une part majeure du paysage médiatique mondial, y compris les réseaux sociaux et les plateformes d’intelligence artificielles, appartient à une poignée de milliardaires. Six milliardaires contrôlent à eux seuls neuf des dix plus grandes entreprises des médias sociaux. En Suisse, la concentration des richesses se manifeste surtout par le financement des campagnes de votation, notamment sur des sujets fiscaux et économiques. À cela s’ajoute un problème structurel : les liens étroits entre l’administration fédérale, les groupes d’intérêts et les multinationales nuisent à la transparence du système démocratique. Lorsque le pouvoir économique et la politique s’allient, il devient difficile de savoir quels intérêts dictent les décisions et qui en profite réellement.
Le WEF, une vitrine du pouvoir
Les liens entre capital, accès au pouvoir et attention médiatique se manifestent chaque année à Davos. Le WEF réunit des élites économiques et politiques qui disposent de ressources considérables et d’une forte présence médiatique. Elles influencent ainsi de manière disproportionnée les thèmes de l’agenda politique et médiatique. Lorsque des milliardaires et des personnalités politiques se mettent en scène, à l’image de Donald Trump, le constat de Susanne Rudolf prend tout son sens : « La démocratie n’est pas un acquis. La participation démocratique doit être garantie pour toutes et tous. Si les personnes fortunées influencent la politique en fonction de leurs ressources économiques, les droits démocratiques deviennent une coquille vide. »
Solidar Suisse demande des règles claires
Le nouveau rapport d’Oxfam montre une aggravation de la situation. En 2025, la fortune des milliardaires a augmenté d’environ 16 % à l’échelle mondiale. Cette croissance, trois fois plus rapide que la moyenne des cinq dernières années, a atteint un montant record de 18’300 milliards de dollars. Parallèlement, près de la moitié de la population mondiale vit dans la pauvreté et souffre de la faim. Ce déséquilibre est inquiétant, il montre que les inégalités économiques se muent de plus en plus souvent en inégalités politiques.
Aux côtés d’Oxfam, Solidar Suisse demande une taxation plus équitable des grandes fortunes, des règles strictes pour encadrer le lobbying et l’influence en politique ainsi qu’un financement transparent des campagnes de votation :
- Protéger et renforcer la participation démocratique : les droits de s’organiser, de s’exprimer librement et de manifester doivent être garantis, en Suisse et dans le monde.
- Taxer les grandes fortunes et les très hauts revenus afin de limiter la concentration des richesses et assurer le financement des services publics.
- Rendre les financements politiques transparents : les financements des campagnes de votation (y compris les dons importants, les budgets et les commanditaires) doivent être rendus publics.
- Encadrer le lobbying : créer un registre, rendre public les contacts et les liens d’intérêts et des délais d’attente adéquats pour éviter les « renvois d’ascenseur » entre le monde politique et les multinationales.
Solidar Suisse s’engage dans les pays du Sud pour que les populations puissent revendiquer leurs droits et renforce la participation démocratique face au pouvoir économique. Lutter contre les inégalités, c’est aussi protéger la démocratie.
Solidar Suisse s’engage pour la justice sociale
Solidar Suisse lutte pour des conditions de travail décentes, la participation démocratique et la justice sociale dans le monde. À cet effet, l’organisation applique une solidarité sans faille dans plus de 80 projets répartis sur quatre continents. En collaboration avec des organisations partenaires locales, Solidar Suisse met tout en œuvre pour éliminer les abus et ouvrir de nouvelles perspectives aux personnes en situation de vulnérabilités.