La COP31, la Conférence des Nations Unies sur le climat, débutera le 9 novembre à Antalya. Cet été, la Suisse a clairement pu constater à quel point elle dépend d’une coopération mondiale visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré si possible, afin d’éviter à l’avenir des épisodes de chaleur et de sécheresse encore plus extrêmes. Pour qu’une telle coopération mondiale porte ses fruits, la Suisse, en tant que pays le plus riche du monde, doit y apporter sa juste contribution.

Lors de la COP31, la Suisse entend à juste titre exhorter la communauté internationale à mettre en œuvre ses plans climatiques nationaux et à faire preuve de la plus grande ambition possible en matière de protection du climat. Sa crédibilité dépend toutefois de la manière dont elle met elle-même en œuvre l’accord de Paris sur le climat.

En effet, avec sa politique climatique actuelle, la Suisse n’atteindra pas ses objectifs climatiques à l’horizon 2030, alors même que ceux-ci sont déjà moins ambitieux que ce qu’exigerait une contribution équitable à la limitation du réchauffement à 1,5 degré. Notre pays n’a par ailleurs pas encore précisé aux pays du Sud global quel montant il comptait allouer au financement international dans le domaine du climat pour aider à atteindre l’objectif de 300 milliards d’ici 2035. C’est un signal faible de la part d’un pays prospère comme la Suisse, alors que les nations les plus pauvres ont un besoin crucial d’un soutien accru pour s’adapter au changement climatique et développer des systèmes fondés sur les énergies renouvelables.

La Suisse doit envoyer un signal fort

Pour la mise en œuvre de l’accord de Paris, il est essentiel que chaque pays apporte la contribution la plus substantielle possible. « En tant que pays le plus riche de la planète, la Suisse ne doit pas sous-estimer la portée de l’exemple qu’elle donne. Si elle manque ses propres objectifs climatiques et hésite à s’engager dans le financement climatique, elle ne peut guère attendre des autres qu’ils respectent des objectifs ambitieux », déclare Andreas Missbach, directeur d’Alliance Sud, le centre de compétence suisse pour la coopération internationale et la politique de développement.

La Suisse plaide pour l’élaboration de feuilles de route nationales visant à sortir des énergies fossiles – et elle envisage d’élaborer sa propre roadmap. « Pour que cette feuille de route soit efficace, elle doit définir la contribution nationale à la sortie mondiale du pétrole et du gaz ; à cet égard, la place financière suisse, qui investit actuellement beaucoup d’argent dans ces branches, doit jouer un rôle central », souligne Bettina Dürr, spécialiste du climat auprès de l’Action de Carême.

La Suisse doit soutenir davantage les populations touchées

Malgré un été caniculaire dans notre pays, ce sont toujours les populations les plus pauvres du Sud global, qui ont le moins contribué à la crise climatique, qui subissent le plus durement ses conséquences. « Les phénomènes météorologiques extrêmes et les risques climatiques causent d’ores et déjà des pertes et dommages considérables liés au climat dans nombre de pays du Sud global, comme l’a récemment montré la crue soudaine et meurtrière au Népal. Les populations ont besoin d’un soutien accru tant pour la prévention des catastrophes et l’adaptation au changement climatique que pour faire face aux dégâts déjà subis », explique Jana Junghardt, spécialiste du climat chez Helvetas. Voilà un an, la Suisse a souscrit à l’objectif de tripler le financement de l’adaptation climatique d’ici 2035. Cette promesse doit également être tenue.

Alliance Sud demande donc à la Suisse :

  • de s’engager à verser une contribution équitable à l’objectif de 300 milliards de financement international dans le domaine du climat ainsi qu’à l’objectif de tripler le financement de l’adaptation lors de la COP31, et de verser cette contribution d’ici 2035. Dans un premier temps, Alliance Sud attend du Parlement qu’il rejette la réduction du crédit d’engagement en faveur de l’environnement mondial 2027-2030. Selon les calculs d’Alliance Sud, cette contribution équitable s’élèverait à au moins 3 milliards de dollars (2,5 milliards de francs) par an. Elle doit être financée selon le principe du pollueur-payeur et non pas sur le dos de la coopération au développement.
  • de prendre les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques nationaux à l’horizon 2030. On sait depuis longtemps que l’ensemble des mesures actuelles est insuffisant et laissera un écart important par rapport aux objectifs. La stratégie consistant à miser sur des compensations bon marché à l’étranger s’est révélée inefficace ;
  • d’élaborer une feuille de route nationale qui implique tous les secteurs concernés et précise les étapes intermédiaires menant à la sortie de la Suisse du pétrole et du gaz, conformément à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré;
  • d’apporter une contribution équitable à la gestion des pertes et préjudices et, par là même, au Fonds des Nations Unies dédié à cette question. Les pertes et dommages liés au climat sont d’ores et déjà estimés à 400 milliards de dollars par an dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (Tavoni et al. 2024).

Pour tout complément d’information

  • Alliance Sud, Marco Fähndrich, responsable des médias, tél. 079 374 59 73, marco.faehndrich@alliancesud.ch
  • Action de Carême, Bettina Dürr, responsable du programme « Justice climatique », tél. +41 79 745 43 53 (via Signal, WhatsApp ou Threema), duerr@fastenaktion.ch  
  • Helvetas, Jana Junghardt, experte en adaptation au changement climatique et en prévention des catastrophes, tél. +41 78 818 95 39 (via Signal, WhatsApp ou Threema), jana.junghardt@helvetas.org

Solidar Suisse lance un appel au Conseil fédéral

Sur la base du nouveau rapport d'Oxfam, « Disaster Divide », Solidar Suisse présente les chiffres suisses et met en lumière la responsabilité disproportionnée de la Suisse dans la crise climatique et sa capacité à s'en protéger. Les personnes qui ont le moins contribué au réchauffement de la planète sont celles qui paient le prix le plus fort. C'est injuste. Solidar Suisse a alors lancé un appel au Conseil fédéral pour que les pollueurs assument leurs responsabilités.

Les polleurs doivent payer !

La crise climatique aggrave la pauvreté et creuse les inégalités dans le monde. Il est temps que celles et ceux qui polluent le plus, mais aussi qui tirent profit de cette crise, contribuent davantage à réparer les dégâts. Rejoignez-nous pour demander au Conseil fédéral de prendre ses responsabilités et de participer au financement d’une politique climatique juste.

Signer l'appel
Retour en haut de page