Coopération internationale et durabilité

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Le soutien à la coopération internationale par les collectivités publiques n’est pas un simple enjeu de solidarité. C’est une véritable responsabilité qui prend racine à la croisée de multiples dimensions : environnementales, sociales, historiques, politiques, économiques. Pour le comprendre, le Modèle du Donut est un puissant outil de visualisation de ces interdépendances, avec, en ligne de mire, un objectif partagé : garantir un monde sûr et juste pour l’ensemble de l’humanité.

La coopération internationale contribue à la justice sociale et environnementale. Pour toute personne qui s’intéresse à ce domaine, cette phrase n’a rien de nouveau. Mais pour les collectivités publiques qui soutiennent les actions des ONG, ces concepts, bien que valables, peuvent sembler lointains, et ne changent pas forcément le mécanisme traditionnel du don, de l’aide, ou même de la charité. Des termes qui, s’ils ne sont pas intrinsèquement négatifs, relèvent pourtant d’une vision du monde et de rapports de forces inégaux.

En réalité, le soutien public à la coopération dépasse ces aspects purement philanthropiques, et relève bel et bien d’une responsabilité. Cette notion de responsabilité semble cependant abstraite lorsque l’on parle d’atteinte aux droits fondamentaux à l’échelle du monde. Si une collectivité s’engage, ce sera plutôt au nom de la solidarité, ou d’un devoir moral de soutenir les plus démuni·e·s. Sur le plan environnemental en revanche, la responsabilité d’agir à tous les échelons, y compris communaux, fait son chemin. Même si la diminution des gaz à effet de serre est un enjeu qui, par définition, dépasse les frontières et que l’impact d’une commune suisse peut sembler bien négligeable, les politiques climatiques communales affirment de plus en plus la nécessité d’agir aussi bien sur leur territoire qu’au-delà.

Un outil à portée globale et locale

Développé en 2015 par l’économiste Kate Raworth, un modèle permet d’illustrer pourquoi on ne peut traiter séparément les crises écologiques et sociales, et en quoi la notion de responsabilité s’étend à ces deux dimensions. Cet outil, le Donut, permet de comprendre ces imbrications. Il repose sur le postulat suivant : pour assurer un avenir sûr et juste pour l’humanité, l’ensemble des activités humaines doit se situer entre un plafond déterminé par les limites planétaires (le plafond écologique) et un socle fondé sur le bien-être et les besoins fondamentaux (le plancher social). Cela nécessite donc une réduction massive des inégalités, l’amélioration des conditions de vie des personnes les plus précarisées et la préservation de la planète.

Le modèle du Donut a une application très concrète. On peut réaliser le « portrait Donut » d’un territoire, d’un pays, d’une commune, d’une région, et sur la base de cet état des lieux environnemental et social, prendre des mesures pour se rapprocher davantage de ses objectifs. Un diagnostic qui ne s’arrête pas aux frontières : il implique également une mesure de la situation environnementale et sociale des impacts de la collectivité ailleurs dans le monde.

Ainsi, sur le plan écologique, le respect des limites planétaires doit s’inscrire aussi bien à l’intérieur du territoire qu’au-delà. On mesure donc en quoi les activités au sein de la collectivité impactent la biodiversité, le réchauffement climatique, la déforestation, chez elle et au niveau mondial. Sur la base de cet état des lieux, il sera ensuite possible de prendre des mesures qui permettront de limiter, supprimer ou réparer ces effets négatifs.

Une dimension trop souvent oubliée : l’atteinte des droits fondamentaux à l’échelle du monde

Les niveaux locaux et globaux sont également pertinents pour le volet social du Donut. Le portrait d’un lieu montrera les domaines où le bien-être de ses citoyens et citoyennes n’est pas atteint, par exemple en ce qui concerne la santé, des logements dignes, l’accès à l’emploi. Mais il devra aussi se pencher sur les effets délétères de ses activités sur les droits fondamentaux de personnes vivant hors de ses frontières. Pourtant essentielle, cette dimension est malheureusement souvent laissée de côté, car les liens de cause à effet peuvent sembler plus abstraits et moins évidents que pour le climat.

Or, nos modes de vie et nos choix politiques et sociétaux ne sont pas sans conséquences sur la vie des personnes au-delà de nos frontières. L’un des éléments les mieux documentés est l’esclavage moderne importé. En fonction du type de produits et de services que l’on consomme, on peut estimer le nombre de personnes soumises à des conditions de travail forcé ayant participé à sa production.

Il s’agit de reconnaître que nous dépendons, chaque jour, de nombreuses matières premières, ressources, biens ou services extraits, fabriqués, ou collectés dans des régions du monde où les conditions de vie sont dégradées par ces chaînes d’approvisionnement mondiales. Il s’agît de reconnaître aussi que ces régions subissent une double peine, en étant souvent en première ligne du changement climatique, tout en n’y ayant que peu contribué et en n’ayant pas les ressources nécessaires pour s’adapter.

Prenons encore un peu plus de recul : la situation privilégiée de notre pays, canton, commune, individu ne sort pas de nulle part. Elle est le fruit de dynamiques de dominations régionales qui ont permis à nos contrées de prospérer : la colonisation, l’esclavagisme, entre autres. Ces relations de pouvoir se poursuivent en se cachant sous de nouvelles formes : propriété intellectuelle, surendettement et service de la dette, intégration inégalitaire dans les marchés mondiaux, etc.

Soutenir des projets de coopération internationale qui œuvrent au quotidien pour la justice climatique et sociale.

Tout comme il est essentiel de diminuer notre impact sur la planète, il est impératif de réduire les conséquences de nos modes de vie sur les personnes à travers le monde. En reconnaissance de cette dette historique envers les pays du Sud global, et afin de permettre à chacune et chacun de satisfaire ses besoins de base, les communes et les collectivités peuvent faire leur part, dans une logique de réparation.

Les organisations de coopération sont actives sur les deux fronts. Elles travaillent avec leurs partenaires, les communautés ou la société civile pour renforcer la capacité des populations à faire face aux différentes crises, soutenir l’adaptation, préserver l’environnement et lutter contre les causes des inégalités. Ce sont des partenaires essentiels pour atteindre la justice environnementale et sociale.

Prenons un exemple en Colombie : dans le sud-ouest et le centre du pays, les communautés rurales sont touchées par plusieurs phénomènes affectant leurs conditions de vie et leur sécurité alimentaire : le narcotrafic et la violence armée, l’exode rural, l’impact du changement climatique, les activités minières illégales, l’extension des monocultures pour l’export (bananes, café, huile de palme, cacao, etc.), entre autres. Ces éléments résultent, en partie du moins, de la place qu’occupe la Colombie dans le système économique mondial et le commerce international.

Ce pays est encore largement dépendant des exportations agricoles et consacre près d’un quart de son budget annuel au remboursement de la dette souveraine. En conséquence, l’État peine à assurer les services publics de base et exerce une pression considérable sur le secteur de l’agriculture pour favoriser les exportations. Tout cela affecte le tissu social et rend l’accès à la terre et à une alimentation saine et équilibrée plus difficile. La Colombie compte alors un très grand nombre de personnes souffrant de malnutrition. Dans ce contexte, les projets de coopération internationale proposent alors des solutions telles que l’agroécologie, l’épargne solidaire, les énergies renouvelables et la participation politique pour répondre à ces défis et redonner le pouvoir d’agir et l’indépendance aux personnes affectées.

Ce que le Donut – et la coopération – ne sont pas

Soutenir de tels projets permet donc, à son échelle, de réduire les inégalités, améliorer les conditions de vie et participer à la restauration de la nature. On pourrait alors faire un raccourci rapide. Tout comme l’achat de crédit carbone peut sembler être la panacée pour verdir un pays sur le papier, en compensant artificiellement le manque d’ambition en matière de réduction des émissions de CO2, ou en s’achetant, d’une certaine manière, un droit de polluer, le soutien à la coopération internationale pourrait devenir un instrument pour acheter un droit de nuire aux personnes du Sud global. Cela contreviendrait à l’esprit même du Modèle du Donut. Car on ne peut améliorer ses impacts sur les conditions de vie au-delà de nos frontières en ne changeant pas ses pratiques. Des actions concrètes, ici, sont essentielles, en parallèle d’un soutien à la coopération. Car c’est, au final, un des outils essentiels pour permettre à l’humanité, toute l’humanité, d’atteindre un niveau de bien-être qui relève des droits fondamentaux.

Le soutien à la coopération internationale est l’une des composantes d’une politique systémique et globale, qui doit être mise en œuvre à tous les échelons, pour protéger à la fois notre environnement et des conditions de vies dignes pour toutes et tous.

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