Nouveau rapport: les inégalités deviennent une question de pouvoir
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Susanne Rudolf · 0 commentaires
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À Davos, les élites économiques et politiques se réunissent pour le Forum économique mondial (WEF). Pourtant, un sujet est systématiquement passé sous silence : l’explosion des inégalités et son impact sur nos démocraties. Solidar Suisse et Oxfam ont décidé de mettre cette thématique en lumière.
Quand la richesse dicte la politique
Les inégalités économiques se muent de plus en plus souvent en inégalités politiques. Les ultra-riches utilisent leur fortune pour influencer les règles, les débats et les décisions à leur avantage. Ils et elles dominent ainsi les campagnes électorales, orientent l’opinion publique, bénéficient d’un accès privilégié aux institutions, voire se font élire à des postes clés.
Des recherches menées dans 136 pays confirment cette tendance : des inégalités économiques élevées vont de pair avec une concentration du pouvoir politique. Dès lors, les décisions politiques privilégient avant tout les intérêts des groupes à hauts revenus au détriment de ceux des citoyen·ne·s les plus modestes. Le contrôle des médias joue également un rôle crucial. Une part majeure du paysage médiatique mondial, y compris les réseaux sociaux et les plateformes d’intelligence artificielles, appartient à une poignée de milliardaire. À titre d’exemple, six milliardaires contrôlent à eux seuls neuf des dix plus grandes entreprises des médias sociaux.
Parallèlement, l’espace d’action de la société civile et les libertés politiques se restreignent. Les personnes disposant d’un faible revenu se heurtent à des défis constants pour faire entendre leur voix. Partout dans le monde, les mouvements de protestation contre les inégalités et la vie chère sont de plus en plus criminalisés ou réprimés, touchant particulièrement les organisations de la société civile et les syndicats. Cette spirale fait des inégalités un moteur de l’érosion démocratique. Les études montrent que les sociétés très inégalitaires sont jusqu’à sept fois plus exposées à un recul de la démocratie que les sociétés les plus égalitaires. Ce phénomène n’épargne personne : il touche le monde entier, y compris les pays dotés d’institutions démocratiques solides.
La probabilité d'accéder à une fonction politique est 4'000 fois plus élevée pour un·e milliardaire que pour un·e citoyen·e ordinaire.
Les chiffres en Suisse
En Suisse, les écarts de richesse sont très marqués :
- 41 milliardaires détiennent une fortune totale d’environ 197 milliards de francs.
- En 2025, cette fortune a augmenté de 14,6 milliards de francs.
- Il ne faut en moyenne que 107 minutes à un milliardaire pour gagner l’équivalent du salaire annuel moyen en Suisse.
- Le 1 % le plus riche possède environ 31 % de la fortune totale, alors que les 50 % les plus pauvres n’en détiennent que près de 4 %.
Même au sein d’une démocratie stable comme celle de la Suisse, la fortune se traduit par le pouvoir politique. La présence de milliardaires au Parlement, tels que Peter Spuhler, Walter Frey ou Magdalena Martullo-Blocher, est établie depuis des années et ne semble plus susciter le débat. Un milliardaire a même siégé au Conseil fédéral en la personne de Christoph Blocher. La richesse permet notamment une présence médiatique et politique sur le long terme. L’ascension de l’UDC depuis les années 1990 doit être comprise, du moins en partie, à la lumière des moyens financiers considérables de certain·e·s de ses représentant·e·s. Ces ressources leur ont permis d’imposer des thématiques à l’agenda politique et d’influencer les discours.
Lors de votations, en particulier sur des enjeux fiscaux ou économiques, les multinationales et leurs propriétaires milliardaires exercent une influence majeure. Par le biais d’organisations comme economiesuisse, elles et ils disposent de moyens financiers importants pour orienter le débat politique.
Enfin, des liens étroits entre l’administration fédérale, les groupes d’intérêts et les multinationales sont visibles. Des représentant·e·s de l’économie sont directement intégré·e·s aux processus de décision de l’État sans aucune légitimité démocratique, comme ce fut le cas lors des négociations douanières avec les États-Unis.
Des actions nécessaires
Les inégalités extrêmes sapent les structures démocratiques. Lorsque les grandes fortunes concentrent le pouvoir politique et que les personnes disposant de ressources limitées sont exclues des processus de décision, nos institutions sont menacées.
Pour contrer ces dérives, Oxfam et Solidar Suisse émettent les revendications suivantes : limiter la concentration du pouvoir économique par une fiscalité juste et définir des règles claires pour encadrer l’influence politique.
Face au recul mondial des droits civils et politiques, ainsi que de la marge de manœuvre des syndicats et des mouvements sociaux, deux axes sont prioritaires :
- Renforcer la société civile, les syndicats et les mouvements sociaux car ce sont des piliers essentiels de la participation démocratique.
- Protéger les droits civils et politiques, en particulier le droit d’organisation, de protestation et de codécision.
C’est ici que Solidar Suisse intervient. En collaboration avec des organisations partenaires dans les pays du Sud, Solidar aide les populations et les organisations à revendiquer leurs droits, à s’organiser et favorise la participation démocratique.
Lutter contre les inégalités, c’est aussi protéger la démocratie, en Suisse et dans le monde entier.
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