Action à Genève: Halte à l'amiante

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Avec plus de 30 organisations syndicales et de la société civile, nous avons demandé aux délégué·e·s de la Conférence de la Convention de Rotterdam d'agir contre l'amiante. Dans le cadre d'une action commune, Owen Tudor, vice-secrétaire général de la CSI, a remis une lettre ouverte au président. Nous appelons la Conférence à surmonter les blocages de quelques pays, responsables de plus de 200'000 décès dus à l'amiante chaque année.

La Conférence des Parties (COP) à la Convention de Rotterdam se tient ces jours-ci à Genève. Cet accord international contraignant a pour objectif de protéger les travailleurs·euses et l’environnement contre les produits chimiques et les pesticides nocifs, dont notamment l’amiante chrysotile (amiante blanc). Le texte stipule que les entreprises exportatrices de substances dangereuses listées dans la Convention doivent informer au préalable leurs destinataires des risques pour la santé.

Un lobby cynique

Comme toujours, le lobby de l’amiante a profité du principe de consensus pour bloquer tout progrès : un petit groupe de pays, mené par la Russie, s’est opposé à l’inscription de l’amiante blanc et de quatre autres substances à l’annexe III de la Convention. L’Inde, le Kazakhstan, le Pakistan et le Zimbabwe se sont ajoutés à la liste des pays réfractaires. Et ce, quelques jours seulement après que l’Organisation internationale du travail (OIT) ait déclaré, dans une décision historique, que le droit à un environnement de travail sûr et sain était un droit fondamental.

Ce scandale coûte la vie à plus de 200 000 personnes chaque année. Et pour vendre son produit, l’association internationale du chrysotile fait preuve d’un cynisme terrible. Elle a profité de l’événement pour faire de la publicité en faveur de son produit mortel dans le cadre d’une manifestation parallèle, en le présentant comme inoffensif. Malheureusement, la tentative d’empêcher, avec nos partenaires, cette manifestation qui torpille les objectifs de la Convention de Rotterdam a échoué.

Action solidaire et manifestation

Mais nous avons surtout saisi l’occasion de présenter aux délégué·e·s nos revendications pour une amélioration de la Convention de Rotterdam. En tant que membre d’une coalition internationale de plus de 30 organisations syndicales et de la société civile, dont l’ITUC (International Trade Union Confederation), l’ACTU (Australian Council of Trade Unions), le BWI (Building and Woodworkers International), le CLAWUZ (Cement, Lime and Allied Workers Union of Zimbabwe), nous avons attiré l’attention en organisant une action devant le bâtiment de la conférence. Owen Tudor, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale (CSI), a remis une lettre ouverte au président de la Conférence des parties à la Convention de Rotterdam, M. Mohammed Khashashneh.

En unissant nos forces, nous nous battons pour améliorer la Convention de Rotterdam.

Owen Tudor, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale (CSI), présente la lettre ouverte au président de la Conférence des parties à la Convention de Rotterdam, Mohammed Khashashneh.

Nous avons également organisé un événement parallèle dans le cadre de la conférence, en collaboration avec ACTU, BWI, IPEN (International Pollutants Elimination Network) et PAN (Pesticide Action Network). Le panel d’expert·e·s de diverses organisations et associations internationales a une fois de plus mis en évidence la nécessité de modifier les procédures de la Convention de Rotterdam afin de mettre fin aux blocages qui empêchent une protection efficace des travailleurs·euses contre l’amiante et les autres substances toxiques.

Le panel d'expert·e·s présent lors du side-event discute des améliorations à apporter d'urgence à la Convention de Rotterdam.

Le panel d'expert·e·s présent lors du side-event discute des améliorations à apporter d'urgence à la Convention de Rotterdam.

Il faut mettre fin à l’impasse

La grande majorité des responsables des autres pays partagent notre frustration. Nous leur demandons de prendre les mesures qui s’imposent d’ici la prochaine conférence afin d’adapter la Convention de Rotterdam de manière à ce que les blocages de quelques pays puissent enfin être surmontés.

Sriyono, Indonésie

Sriyono était également présent à Genève. Il travaille depuis plus de 25 ans dans une usine de textiles contenant de l'amiante. On lui a diagnostiqué une asbestose.

Je travaille depuis plus de 25 ans dans une usine indonésienne de textiles contenant de l’amiante . Elle fabrique des isolants thermiques et d’autres objets en chrysotile, et on m’a diagnostiqué une asbestose.

Je suis l’un des dizaines d’ouvriers qui mélangent, grattent, tordent et tissent le chrysotile amianté chaque jour. Sans équipement de protection individuelle adéquat, les sacs d’amiante sont soulevés et vidés à la main. Nos vêtements de travail sont emportés à la maison pour être lavés, nous mangeons, buvons et nous nous reposons dans les endroits où l’amiante est fabriqué. Peu de gens sont au courant de cette terrible situation, car il n’y a pas d’information ni d’accès public pour savoir que les matériaux utilisés sont nocifs pour la santé. Chaque année, mon état de santé continue de se dégrader. J’ai toujours des douleurs dans la poitrine quand je vais me coucher et ma toux est persistante pendant la nuit. Dans cet état, il m’est très difficile de travailler de manière productive. L’amiante chrysotile continuera à inonder les pays en développement et à être utilisé librement sur le marché sans avertissement sur les dangers, sans restrictions d’utilisation et sans contrôle. Cela est dû au rôle des dames et des messieurs ici présents, qui continuent à permettre le commerce de l’amiante chrysotile.

Je représente aujourd’hui mes amis qui sont exposés à une maladie liée à l’amiante pour appeler à la solidarité, pour dire que le problème de l’amiante ne se limite pas au commerce de matériaux industriels, mais qu’il concerne aussi la santé et les droits humains.

Arrêtez de dire que l’amiante est un matériau sûr, ce n’est qu’un mythe. Je le répète : je suis la preuve que le crysotile d’amiante est dangereux et toxique. Là-bas, le nombre de victimes va continuer à augmenter. Il y aura encore plus de personnes dont les poumons sont malades. Il y aura encore plus de familles qui perdront leurs proches, et les responsables sont les dames et les messieurs de ce forum, car ils permettent à des substances toxiques dangereuses de circuler librement dans le public.

C’est pourquoi je demande à la délégation indonésienne ici présente et à d’autres pays qui se soucient de l’humanité de faire pression pour que l’amiante chrysotile soit ajouté à la liste de l’annexe III.

Lettre ouverte

À tous les délégués de la Convention de Rotterdam COP 10 à Genève

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