Des profits pour une minorité : les multinationales alimentent les inégalités
70 % des bénéfices sont reversés aux actionnaires, tandis que des millions de personnes peinent à boucler leur budget : les plus grandes entreprises européennes alimentent les inégalités. Un nouveau rapport d'Oxfam, pour lequel Solidar Suisse a analysé les données suisses, révèle à quel point richesse et pouvoir économique se concentrent entre les mains d'un petit nombre, et met en lumière le rôle central joué par la Suisse dans cette dynamique. Neuf des 100 entreprises mentionnées ont leur siège dans notre pays, parmi lesquelles Nestlé, Novartis, Roche, UBS et Glencore. Leurs décisions façonnent, à l'échelle mondiale, les conditions de travail, la répartition des richesses et la réponse à la crise climatique.
Des bénéfices pour les actionnaires, des coûts pour tous les autres
Les inégalités au sein des entreprises
Le rapport ne se limite pas à la distribution des bénéfices. Il montre également comment les inégalités se répercutent au sein même des entreprises. Ainsi, dans les entreprises étudiées, les femmes gagnent en moyenne 10,7 % de moins que les hommes. Parallèlement, seulement
10 % des postes de direction sont occupés par des femmes. Si de nombreuses entreprises ont adopté des objectifs en matière d’égalité, leur mise en œuvre demeure limitée. La participation des travailleur·euse·s recule également. La part des représentant·e·s des personnes salariées dans les organes d’entreprise est passée de 32,4 % à 30,3 % entre 2022 et 2024. Par ailleurs, seules 18 % des entreprises publient le montant qu’elles consacrent à l’influence politique et au lobbying.
Le rôle central de la Suisse
La Suisse joue un rôle important dans ce système. Parmi les entreprises analysées, neuf d’entre elles ont leur siège dans le pays : Chubb, Coop, Glencore, Nestlé, Novartis, Roche, Swiss Re, UBS et Zurich Insurance.
- Au regard des autres groupes analysés, les grandes entreprises suisses versent des rémunérations nettement plus élevées à leurs PDG. En 2024, la moyenne était d’environ 8,3 millions d’euros, contre près de 6 millions d’euros pour la moyenne européenne.
- La répartition des bénéfices révèle également des écarts marqués : si le taux de distribution moyen en Europe atteint environ 83 % en 2024, il dépasse les 100 % dans quatre des neuf entreprises suisses étudiées, dont Nestlé, Novartis, Swiss Re et Zurich Insurance.
La Suisse est un lieu central pour les grandes multinationales, favorisé par des conditions fiscales attractives et des exigences limitées en matière de transparence et de responsabilité des entreprises. En l’absence de reporting public pays par pays (Country-by-Country Reporting), les entreprises peuvent garder opaque l’endroit où elles réalisent leurs bénéfices et où elles s’acquittent de leurs impôts. Si la transparence et les règles applicables aux entreprises font l’objet de discussions approfondies au sein de l’Union européenne, où des dispositions contraignantes existent déjà, la Suisse continue de miser principalement sur des mesures volontaires dans des domaines pourtant essentiels.
Comment Oxfam mesure les inégalités au sein des entreprises
Le rapport s’appuie sur le Corporate Inequality Framework (CIF), développé par Oxfam. Les 100 entreprises européennes au chiffre d’affaires le plus élevé ont été analysées sur la base du classement Fortune 500 Europe.
Les entreprises ont été évaluées à l’aide de 50 indicateurs répartis en quatre domaines :
- Personnes (People) : salaires, égalité et conditions de travail.
- Pouvoir (Power) : participation des travailleur·euse·s, gouvernance d’entreprise et influence politique.
- Profits : répartition des bénéfices, rémunération des PDG et versements aux actionnaires.
- Planète (Planet) : impact climatique et investissements dans la transition écologique.
L’objectif est de rendre visible la manière dont les entreprises contribuent à réduire ou à aggraver les inégalités. Solidar Suisse, partenaire d’Oxfam pour les analyses sur les données suisses, a replacé ces chiffres dans le contexte helvétique.
Les inégalités ne sont pas une fatalité
Le rapport est clair : la répartition actuelle des richesses, des chances et du pouvoir économique n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte de choix politiques et économiques. Réduire les inégalités implique de changer les règles selon lesquelles les entreprises opèrent.
Solidar Suisse demande donc :
- des règles contraignantes sur la responsabilité des entreprises et la protection des droits humains tout au long des chaînes d’approvisionnement mondiales ;
- un reporting public pays par pays (Country-by-Country Reporting), afin de rendre visibles les transferts de bénéfices et l’évasion fiscale ;
- davantage de transparence sur le lobbying et l’influence politique des entreprises ;
- des conditions-cadres renforcées pour que les entreprises versent des salaires plus équitables et investissent suffisamment dans la transition écologique.
Les inégalités ne sont pas une fatalité. Elles sont le fruit de choix politiques et économiques et peuvent donc être réduites par les mêmes leviers.
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