Communiqué de presse :
La Suisse compte 5,5 fois plus de vols en jet privé par habitant que l’Allemagne
La Suisse contribue de manière disproportionnée à la crise climatique, mais elle est bien mieux équipée que d’autres pays pour s’en protéger. C’est ce que montrent de nouvelles données d’Oxfam et de Solidar Suisse sur les jets privés, les émissions et les investissements fossiles. Face à ce constat, Solidar Suisse lance l’appel « Les pollueurs doivent payer ».
Selon une analyse de Solidar Suisse basée sur le nouveau rapport d’Oxfam Disaster Divide, la Suisse enregistre 5,5 fois plus de décollages de jets privés par habitant·e que l’Allemagne en 2025. Par ailleurs, les 0,1 % les plus riches du pays émettent 26 fois plus de CO₂ que la moitié la plus pauvre de la population.
Ces chiffres illustrent le véritable privilège climatique dont bénéficie la Suisse. Grâce à sa prospérité, à ses infrastructures, à ses assurances et à la capacité d’action de l’État, le pays dispose de davantage de moyens que de nombreux autres pays pour faire face aux conséquences de la crise climatique. Or, ses émissions élevées liées à la consommation, aux grandes fortunes qu’elle abrite, au poids de sa place financière et au négoce de matières premières contribuent de manière disproportionnée au réchauffement de la planète.
Des responsabilités inégales face à la crise
Le nouveau rapport d’Oxfam montre que crise climatique et inégalités vont de pair. À eux seuls, les 0,1 % les plus riches de la population mondiale génèrent davantage d’émissions que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres. Chacune de ces personnes fortunées a contribué près de 100 fois plus aux épisodes de chaleur extrême actuels qu’une personne issue de la moitié la plus pauvre de l’humanité. Les jets privés l’illustrent parfaitement : en deux secondes à peine, ils émettent à l’échelle mondiale plus de CO₂ qu’une personne de la moitié la plus pauvre de la planète en une année entière. « Celles et ceux qui alimentent le plus la crise climatique sont aussi les mieux à même de se protéger de ses conséquences. Ces inégalités ne sont pas une fatalité : elles sont le résultat de choix politiques et économiques », souligne Susanne Rudolf, responsable de campagne chez Solidar Suisse.
Des émissions suisses au-delà des frontières
La responsabilité de la Suisse ne s’arrête pas aux émissions produites sur son territoire. Par sa place financière et le négoce international de matières premières, le pays est étroitement lié à des modèles d’affaires qui alimentent la crise climatique. Les institutions financières suisses détiennent ou gèrent des titres d’entreprises du charbon, du pétrole et du gaz pour environ 126,9 milliards de dollars. Près de 94 % de ces placements concernent des entreprises qui continuent de développer de nouvelles réserves ou infrastructures fossiles. UBS en concentre à elle seule plus de la moitié, avec quelque 71,7 milliards de dollars.
Par ailleurs, plusieurs des plus grandes entreprises de négoce de matières premières et de produits agricoles au monde ont leur siège en Suisse, et leurs activités génèrent des émissions considérables à l’échelle mondiale. Le rapport d’Oxfam montre en outre comment les investisseur·euse·s gagnent sur les deux tableaux : d’abord grâce aux entreprises qui alimentent la crise climatique, ensuite grâce à celles qui profitent de la prévention des catastrophes, de la reconstruction et du déblaiement.
Solidar Suisse lance un appel au Conseil fédéral
Pour Solidar Suisse, ces nouvelles données appellent une réponse politique claire : les personnes et les entreprises qui contribuent le plus à la crise climatique ou profitent de modèles d’affaires à fortes émissions doivent participer davantage à financer les moyens de lutter contre ses conséquences. Avec l’appel « Les pollueurs doivent payer », l’organisation demande donc au Conseil fédéral d’appliquer le principe du pollueur-payeur.
Concrètement, Solidar Suisse émet les revendications suivantes :
- taxer davantage les très fortes émissions et les activités de luxe particulièrement néfastes pour le climat, et prendre des mesures efficaces pour les réduire ;
- obliger les entreprises et les institutions financières à rendre publics leurs émissions et leurs investissements fossiles, et à les réduire selon des objectifs contraignants ;
- débloquer des fonds publics supplémentaires pour l’adaptation aux changements climatiques ainsi que pour les pertes et préjudices liés au climat ;
- limiter strictement les profits tirés des catastrophes climatiques et des crises, et taxer davantage les surprofits.
« Le rapport d’Oxfam confirme ce que nous constatons chaque jour sur le terrain : les populations qui ont le moins contribué à la crise climatique en subissent les conséquences les plus graves. Aujourd’hui, elles ont besoin de soutien pour préserver leurs moyens de subsistance, mais l’aide seule ne suffit pas. La Suisse doit user de son influence pour que celles et ceux qui alimentent le plus la crise climatique assument davantage leurs responsabilités », déclare Susanne Rudolf.
Notes aux rédactions :
- Le rapport d’Oxfam « Disaster Divide: How climate chaos deepens inequality and enriches the few » et sa méthodologie sont disponibles sur demande.
- L’analyse suisse « Le privilège climatique suisse » complète le rapport d’Oxfam avec des données propres à la Suisse.