Communiqué de presse :
La tactique du salami appliquée au budget de la coopération internationale
Le Conseil fédéral a décidé aujourd'hui de continuer à réduire la coopération internationale (CI) de la Suisse. Cette décision intervient après la publication, la semaine dernière, de chiffres officiels de l'OCDE montrant que l’aide publique au développement de la Suisse a atteint un niveau historiquement bas. Et, selon les plans financiers du Parlement et du Conseil fédéral, elle devrait encore diminuer.
Lors des débats sur le programme d’allègement budgétaire 27 (PAB27), on a souvent et volontiers évoqué la soi-disant « symétrie des sacrifices », qui prévoit que tous les domaines de dépenses de la Confédération devraient contribuer de manière équivalente au programme d’économies. Au final, le Conseil national et le Conseil des États ont toutefois fixé des priorités unilatérales et économisé 40 millions de francs de plus dans la CI que ce que le groupe d’experts Gaillard et le Conseil fédéral avaient recommandé. Le Conseil fédéral souhaite désormais économiser 1 % supplémentaire sur les dépenses faiblement liées, ce qui implique de nouvelles coupes dans la coopération internationale.
La Confédération pénalise les plus pauvres
Même le groupe d’experts Gaillard avait noté, dans son rapport, que la CI avait déjà dû mettre en œuvre des réductions significatives dans l’aide au développement afin de compenser les moyens supplémentaires prévus par le Conseil fédéral au bénéfice de l’Ukraine. Il est donc incompréhensible que ce dernier envisage de réduire davantage la coopération internationale par une tactique du salami ciblée. D’autant plus qu’un sondage de l’EPFZ publié la semaine dernière a révélé que les trois quarts de la population suisse s’opposent à toute réduction de la coopération suisse au développement.
… malgré un excédent budgétaire en 2025
Le compte d’État 2025 récemment publié souligne en outre pourquoi cette rigueur budgétaire est totalement superflue : en 2025, la Confédération a dégagé un excédent structurel de 1,45 milliard de francs, soit quatre fois plus que les coupes de 1,4 % des dépenses non liées (350 millions) prévues dans le budget 2025. Ces coupes n’auraient donc pas été nécessaires du tout. Les excédents, qui sont directement affectés à un désendettement désormais dysfonctionnel alors même que la Suisse affiche déjà un niveau d’endettement historiquement bas, sont devenus la norme ; et il est malheureusement probable que le même scénario se répète en 2027. « Nous avons enfin besoin d’une réforme du frein à l’endettement, extrêmement rigide, afin de mettre un terme au démantèlement continu de l’État », affirme Andreas Missbach, directeur d’Alliance Sud, le centre de compétence pour la coopération internationale et la politique de développement.
Pour de plus amples informations :
- Andreas Missbach, directeur d’Alliance Sud, tél. 031 390 93 30, andreas.missbach@alliancesud.ch
- Laura Ebneter, experte en coopération internationale, tél. 031 390 93 32, laura.ebneter@alliancesud.ch